Il se croyait plus malin que moi
Camélia, 23 ans, presque diplômée en Ponts et Chaussées, est l’incarnation d’une jeunesse dorée. Issue de la haute bourgeoisie, elle promène sa beauté insolente avec la grâce de ceux qui ont toujours obtenu ce qu’ils désiraient. Mais son seul vrai trésor, c’est Firmin. À 25 ans, ce garçon studieux, sans père depuis l’enfance, termine un cycle de Management et GRH avec une droiture qui force le respect. Leur amour est un diamant brut : pur, solide, mais que la mère de Firmin refuse de bénir. Pour cette femme aigrie par la vie, Camélia est trop belle. Trop belle pour offrir à son fils un bonheur conjugal durable. Trop belle pour ne pas attirer le malheur. Les remontrances n’y feront rien : Firmin épouse Camélia contre l’avis maternel. Un premier enfant naît. Le couple avance, porté par une complicité à toute épreuve et par la débrouillardise de Firmin, qu’elle épaule sans compter, se ressourçant discrètement auprès de ses parents.
Puis vient le jour qui change tout. Firmin reçoit un courriel : une entreprise l’embauche comme DRH. Sa compétence, son aura calme, sa discipline presque austère le distinguent aussitôt de ses collègues masculins plus flamboyants. Très vite, son charme discret opère. Femmes mariées, jeunes célibataires : toutes tombent sous le charme de cet homme qui ne ressemble à aucun autre. Mais dans l’ombre, la jalousie des autres hommes enfle, vénéneuse. On fabrique des messages truqués, on murmure, on tisse une toile. Un après-midi, une collaboratrice complice d’un plan sordide entre dans son bureau, le séduit et force un baiser au moment précis où le directeur général surgit. Le piège se referme. Le lendemain, la lettre de révocation tombe. Quelques jours plus tard, Jonathan, l’instigateur de ce complot, est promu Manager. Firmin, broyé, rentre chez lui, l’avenir en miettes. Il se croyait plus malin que moi, songe peut-être Jonathan en savourant sa victoire. Mais c’est un autre « il » qui va bientôt prononcer cette phrase en son for intérieur.
Car la chute de Firmin entraîne le couple dans un gouffre. Les parents de Camélia, qui avaient déjà décliné toute aide financière avant que leur gendre ne trouve ce poste, ferment définitivement les vannes. Sans ressources, humiliée, Camélia voit son mari s’enfoncer. C’est alors qu’un ami l’appelle : une entreprise cherche urgemment des profils en Ponts et Chaussées. Camélia obtient un entretien. Mais pour cela, il lui faut le feu vert de Firmin. L’homme, marqué par la trahison, déchiré à l’idée que la beauté de sa femme devienne un aimant à convoitises, ne cède que lorsqu’elle lui promet fidélité absolue et soutien indéfectible. Elle l’aidera à rebondir, ensemble ils monteront des projets immobiliers, elle veillera sur leur enfant. Elle décroche le poste.
L’entreprise est dirigée par des Blancs dont la réputation n’est plus à faire : des pervers impudiques qui collectionnent les employées comme des trophées. L’ami qui l’a pistonnée la met en garde : ne rien céder, ne jamais laisser une brèche. Le premier jour, Gilbert Ducouard, le chef de projet, l’accueille avec une courtoisie glacée. Puis les regards s’appesantissent, les compliments pleuvent, les passages devant son bureau se font plus longs, plus appuyés. Un jour, l’un d’eux, sous couvert d’une plaisanterie, lui frôle les seins. La réaction de Camélia est immédiate, fauve effarouché. L’homme s’excuse d’un sourire forcé et disparaît. Les premières semaines, l’amour entre Camélia et Firmin n’a jamais été aussi intense, comme soudé par l’adversité. Puis vient le basculement.
Ses appels ne passent plus aussi bien. Le Blanc qui l’avait effarouchée revient à la charge, miel et insistance. Sur les réseaux sociaux, la conversation glisse, s’envenime de promesses. Un voyage au Canada, un droit de séjour, une vie sans angoisses. Camélia, épuisée par la précarité, le regard éteint de Firmin et l’écho des sacrifices qu’elle s’était jurés, craque.